VENISE : VIE QUOTIDIENNE ET « GRANDS TRAVAUX »

ON PARLE, on discute beaucoup de Venise, et c’est bien. Mais on parle peu, trop peu des Vénitiens.
En réalité, non seulement on parle et on écrit sur Venise, mais on agit aussi dans et pour la ville.

Le MoSE : ouvrage cyclopéen, en phase d’achèvement, qui protègera la ville lagunaire des hautes marées exceptionnelles, mais qui, malheureusement, n’exonèrera pas les citadins de porter des bottes, étant donné qu’il n’entrera en action que dans le cas de marées supérieures à 100-120 cm (la place Saint-Marc, par exemple, est inondée à 80-90 cm).

Le pont de la Constitution : appelé par tout le monde « le Calatrava », du nom du célèbre architecte qui l’a dessiné. Beau selon certains, laid selon d’autres, il occupe en réalité une zone de Venise sans le moindre charme. Coûts qui s’envolent à mesure que le temps passe, difficulté à se laisser traverser, ombre jetée sur son galbe par un «châssis» permettant la traversée des personnes à mobilité réduite, il demeure cependant une arche ravissante, et, surtout, parcourue à toute heure du jour par des centaines d’usagers.

Le People Mover (système automatisé de transport public, avec traction par câble) : passage surélevé assez étrange, mais peut-être utile, qui permet à ceux qui veulent rejoindre l’île du Tronchetto, énorme parking, d’arriver aisément à Piazzale Roma et surtout au nouveau Palais de Justice.

Les embarcadères : exemple discutable d’architecture moderne, au Lido, devant l’église Santa Maria della Pietà, devant les anciens Jardins Royaux. Pas nécessaires, c’est sûr ; opportuns, peut-être, étant donné le flux touristique, mais assurément excessifs. Au Lido de Venise, ils occupent tout l’espace face à la lagune, tandis qu’au piazzale S. Maria Elisabetta, sur lequel on doit débarquer, la restructuration n’est pas achevée ni rendue apte au passage. Sur le Quai des Esclavons, devant l’église qui pour les Vénitiens est « celle de Vivaldi », ils gênent considérablement la vue de l’église à partir de la lagune et celle du Bassin de Saint-Marc à partir de l’église elle-même. Aux anciens Jardins Royaux, ils empêchent, sur une largeur importante, de voir l’île San Giorgio, c’est-à-dire la basilique de Palladio.

Le Fontego dei Tedeschi, palais du XVIe siècle, largement — et fort mal — remanié au cours des siècles, naguère propriété des Postes italiennes et aujourd’hui d’une société du groupe Benetton. Le projet de restauration, signé d’un architecte « archistar » hollandais, prévoyait, sur le toit, une terrasse avec vue sur le Grand Canal. On ne sait pas encore grand-chose de sa réalisation, qui a suscité diverses polémiques.

Le Palais Lumière: projet définitivement avorté. Il aurait impliqué la construction d’un bâtiment d’environ 240 m de haut (plus du double du Campanile de Saint-Marc), sur une zone objectivement dégradée, à Marghera. Mais le palais, programmé par Pierre Cardin — français d’adoption, en réalité, parce que né dans la Marche Trévisane —, tout en suscitant de l’intérêt de la part de quelques groupes de citoyens qui voyaient en lui une occasion de travail pour des milliers d’entre eux, est rejeté par la partie la plus cultivée non seulement de Venise, mais de toute l’Italie. Inoubliable à cet égard est l’intervention de Salvatore Settis à l’Ateneo Veneto. En définitive, on n’a rien fait, plus par impécuniosité que par volonté.

 

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