REVUE CONFÉRENCE -

Un vœu

Auteur :

Pietro Giordani

JE VOUDRAIS VOUS RAPPELER, MESSIEURS, que lorsqu’il s’est agi de former cette amicale compagnie, il y eut l’intention générale de nous donner pour règle une loi unique et simple, le bon sens et l’intérêt de la chose commune ; lequel était très simple, et égal chez chacun. En vérité, les pactes écrits, les règlements, les statuts, les lois sont nécessaires quand l’intellect qui doit régir la société est au-dessus du commun et de l’ordinaire, et ne peut être supposé égal chez tous les associés ; ou lorsque les intérêts de ceux qui conviennent ensemble sont opposés en quelque partie, ou du moins différents. Alors une loi, une règle ou un pacte ont de l’importance pour enseigner à chacun ce qu’il doit donner et recevoir dans la société, et lui rappeler en quelle mesure ce qu’il donne est compensé par ce qu’il reçoit. Or, dans notre assemblée, où ni doute, ni querelle ne pouvait jamais naître, nous n’avions en vérité aucun besoin de lois. Pourtant, nous fîmes des lois, par la volonté du gouvernement : sans sa licence, notre union, malgré son caractère privé et domestique, ne pouvait s’accomplir. Et nous avons des lois plus qu’il n’en suffit à notre besoin. Si l’on a l’ambition d’écrire un code (puisque notre siècle a la démangeaison de la Codification), on peut encore faire des lois infiniment détaillées, innombrables et parfaitement inutiles. Si nous voulons que notre conversation fraternelle reste aussi sûre, tranquille et plaisante qu’elle le fut jusqu’à présent, comme nous espérons qu’elle le restera longtemps, la loi que nous portons en nous nous suffit largement : celle d’un amour sincère du vrai et du bien, du respect de nous-mêmes et de nos amis, du désir affectueux qu’en toute chose notre fraternité mérite d’être aimée de nous, louée par tous ceux qui en ont connaissance, et désirée par beaucoup.

Pietro Giordani, « Discorso primo
alla società di lettura di Piacenza »,
in Raccolta completa di tutte le opere
pubblicate fin d’ora di Pietro Giordani
,
Palerme, A. Muratori, 1840, vol. II, p. 232.
(Traduit de l’italien par Christophe Carraud.)

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