LE MOI ET LA LECTURE. Le portrait d’Augustin par Pétrarque

DANS l’Antiquité tardive et au Moyen Âge, le développement de pratiques contemplatives orientées par les textes signifiait que l’on considérait l’activité de lecture comme une technique permettant d’atteindre l’idéal philosophique classique de l’amélioration de soi-même. Durant des siècles, on a donc vu dans la lecture un moyen au service d’une fin, plus qu’une fin en soi, même si le lecteur pouvait évidemment tirer des informations de sa confrontation avec le texte, et y trouver l’occasion d’une édification ou tout simplement d’un plaisir. Pétrarque, à la fin du Moyen Âge, s’est inscrit dans cette forme de pensée et l’a enrichie de son apport, au moment même où les auteurs abandonnaient en masse l’idée que la lecture fût essentiellement une méthode d’accès à un état d’esprit contemplatif. Il a décrit dans le Secretum, avec un luxe de détails considérable, les relations entre la lecture, l’écriture et le moi, et a voulu, dans les multiples révisions qu’il a faites de ses lettres, que le portrait qu’il y donnait de lui-même imposât l’image d’un homme soucieux avant tout des aspects spirituels de l’activité littéraire. Les spécialistes ont eu quelque difficulté à apprécier la valeur éthique d’un tel effort. Mais la re-création que Pétrarque a faite du personnage historique d’Augustin fournit un moyen de mieux y parvenir ; Pétrarque avait lu attentivement les passages des Confessions qui abordaient la question des valeurs mises en œuvre par l’activité littéraire, même s’il l’avait fait parfois de façon sélective.