REVUE CONFÉRENCE -

LES TREMBLANTS D’AMOUR

 

L’ÉTÉ COMME QUELQUE CHOSE de très grand qui pousse à la vie. Le bruit de la chouette rappelle l’été où que tu sois — son bruit c’est chaque nuit de Corse depuis plus de vingt ans.


*

Le matin, sur le bateau pris la nuit, il y a un vent qui efface toute l’année. Un vent qui dit un autre endroit et un autre temps. On ne peut que vivre. Sans cesse. Il y a le premier bain de fin d’après-midi, soleil léché toute la journée par les langues des enfants en brassards. On entre tout entier dans l’eau, par-dessus les idées, on s’oublie. Juste l’eau, les caresses de la mer, on laisse toutes ses noirceurs à la mer pour qu’elle en fasse des algues. On ne peut que vivre. Elle laisse un goût de sel sur tout le corps, sur la moindre parcelle de peau — entre les doigts entre les cheveux entre les jambes — elle entre partout. Elle laisse un goût de sel, un souvenir blanc, une trace d’immensité. On lui laisse de quoi faire des algues au fond, pour noircir les queues des sirènes. Au même moment, dans les rues d’Avignon, les gens se transforment en poésie de trottoirs, bouquets de cris de chants de pas de doigts entre les doigts entre les cheveux entre les jambes des gens. Les filles fleurissent leurs robes sans devenir des algues, les volets sont cachés par les affiches des danseurs de rue. 

Avignon est effacée avec l’année par le vent. Elle devient un collage d’enfant qui a oublié de lécher le soleil à l’ombre des platanes de la place des Carmes, et la grand-mère fredonne des airs collés rafistolés aux feutres lavables à l’eau de mer. Avignon est restée collée derrière. On ne peut que vivre. Il y a les caresses de la mer, les caresses du soleil léché par les brassards des enfants qui ne savent pas encore le fond de l’eau la fatigue le besoin de vivre. Une immensité qui entre dans le corps, le sel sur la peau trace d’immensité, les queues d’algues des sirènes, l’envie qui entre partout. 


*

La mer blanche à n’en pas la reconnaître. Quelques tremblants d’amour au bord de la route. L’ombre immense de l’église sur le ciel d’une nuit. Le vent dans les goulots rouillés des parasols. L’été ramassé dans un foulard jaune. 


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L’été commence au moment doré du corps. C’est le regard allongé qui caresse. Le sourire caché qui porte une nuit. L’été sent les garçons, une caresse de mille garçons inconnus.

 

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