REVUE CONFÉRENCE -

TABLEAUX ANCIENS

 

DANS LES TABLEAUX ANCIENS, bien souvent, traversent des clairières, des bois, ou s’y reposent, cheminent dans la campagne, à bord d’une embarcation traversent des rivières des personnages ; mythologiques, religieux, des noms les référencent. L’époque classique les exigea au nom de l’intérêt, de l’émotion : eux seuls, affirme l’Abbé du Bos, donnent âme et sens. Estompé ou effacé le rapport de convenance et de conformité exigé, goût affirmé pour le paysage mais obligation de le justifier ; souci de l’animer, d’en adoucir la supposée austérité, par quelque esquisse narrative d’en renforcer l’attrait, les peintres (et à leur place la nomenclature dans son besoin descriptif) en vinrent à nommer tableaux, dessins, eaux fortes plus encore, Paysage avec figures. Primat au motif, à une circonstance, un état, un moment d’un lieu ; ensuite placés, lien arbitraire, fantaisie plausible, des personnages, des figurants aussi bien — plusieurs presque toujours.
À cette proposition picturale on peut aimer faire signe, catégories échangées en inverser le sens.



Des lieux furent chers, familiers, nulle indifférence dans leur choix. Ils dessinent une sensibilité, ses aspects, ses aspirations ; des attraits, des intérêts, des fascinations parfois. Pour participer d’une vie, de ses représentations mentales (cela qui mène à l’écriture), ils signifient. Puissante réserve imaginaire, ils sont des révélateurs, les plus sûrs, les plus pérennes. Ils suscitent une figure et, réciprocité,
transparence, cette figure ne peut se dissocier, se séparer d’eux qui en demeurent l’écho, le répondant, la métonymie ou la métaphore. « Dis-moi quels paysages tu hantes… »
Pour qui leur donne privilège sans partage avec une intensité de regard, une subtilité de compréhension, une complicité avouée si grande, plus encore, voici, dont le temps n’a pas raison, des incarnations heureuses, diverses.
Dans ces échanges constants, cette complémentarité, nul arbitraire, une nécessité exerce ses forces. Il s’agit de littérature, de sensibilité, de disposition de l’âme, de couleur des songes, de tonalité intérieure. Des lieux, des sites, cristallisent, incarnent des penchants du coeur, goûts et affections, des partis esthétiques — s’entend leur donnent états paysagers —, fournissent à l’imagination sa matière, des formes. À leur façon solide, placide, muette et franche, nature et caractères déclinant leur identité, ils en désignent une autre. Certains rêvés, soupçonnés, interrogés, dont éveille la curiosité vive, la nostalgie pour d’autres, n’en comptent pas moins. Les voici mêlés, bruissants, toujours là : à leur évocation, proche, que la palpitation légère, forte de la vie ne déserte pas, que nous aimons retrouver familière, singulière, une figure, ses moments ; pour nous attacher, quelque chose comme « une vérité de présence ». Le monde, ainsi, moins désert.

 

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