AGRESSIVITÉ DES POLLUTIONS SONORES

MATTHIEU GUILLOT.

Les sinistres de l’environnement
acoustique contemporain. 
Dites à quoi sert la culture, imprudents qui croyez,
dur comme fer, qu’elle ne sert à rien.
Elle nous sauve la peau et d’abord les oreilles.
Michel Serres, Récits d’humanisme.

Nous vivons l’époque étrange d’une culture
qui veut en finir avec l’humanité.
Pierre Legendre, Dominium Mundi.

De guerre lasse…
Il nous paraît sans doute bien égal aujourd’hui, lassés, fourbus que nous sommes, de savoir à quand remonte le problème général de la sur-pollution acoustique qui nous touche tant, causée notamment par l’extension exponentielle des diffusions de musiques industrielles aussi bien que d’ersatz musicaux en tous lieux, villes ou campagnes, en intérieur ou en extérieur, en toute circonstance, à tout moment de la journée. Pourquoi du reste aurions-nous besoin de le savoir, si ce n’est pour tenter de circonscrire et de comprendre enfin la nature conflictuelle d’un faceà- face avec des agressions sonores répétées, où coups et blessures sont le lot de leurs innocentes victimes, tandis que leurs innocents auteurs, tapageurs, invisibles ou ostensibles, s’en sortent toujours par une impunité à la mesure de leurs méfaits ?
Dévasté par la fureur de vivre incontrôlée comme par les furies comportementales, symptomatiques de conduites irrationnelles livrées à elles-mêmes, mais encore par de cyniques pratiques commerciales, le paysage sonore contemporain s’offre à l’observateur abasourdi comme un hideux champ de ruines jonché de bruyants déchets, de poubelles éventrées, de criards produits de consommation jetables et remplaçables à l’infini. L’environnement étant parvenu à un tel degré de désolation, les oreilles humaines, attaquées de toutes parts, violentées, ne peuvent plus respirer. Elles parviennent au seuil de l’insupportable, de l’invivable. Elles suffoquent, épuisées et meurtries.

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