UNE HISTOIRE SUBJECTIVE DU PRÉSENT

 

ON enseignait jadis à l’école une histoire de France et même du monde où se mêlaient trois ingrédients : les grands hommes, les dates marquantes et uneimagerie d’Épinal[1]. Mais le corps des historiens, par souci de sérieux et d’objectivité et peut-être aussi de se mettre en avant, a voulu fabriquer une nouvelle histoire en substituant à ce brouet clair une nourriture plus consistante. C’est ainsi que les données économiques et les faits sociologiques l’ont emporté haut la main sur la chronologie politique. Par malheur pour elle, cette histoire à connotation scientifique et qui n’avait plus d’histoires à raconter semble avoir perdu le fil de ses propres idées. Au point qu’une grande confusion règne actuellement sur l’histoire passée et présente. En effet, c’est tout juste si aux yeux du grand nombre, comme d’ailleurs aux yeux des célébrités du sport, de la chanson ou de la politique, le journal télévisé n’incarne pas la stricte vérité, et un film à décors ou à costumes historiques la stricte réalité. La leçon d’objectivité qu’ont voulu administrer les professionnels de l’histoire ayant échoué, il est peut-être encore temps de s’accrocher à l’autre branche de l’alternative en s’adonnant cette fois-ci à une histoire plus subjective. Mais comment mener un projet qui ne ferait plus fond sur des documents ou des monuments, sur des témoignages ou des informations ? Eh bien, en délimitant l’objet historique et en le cantonnant au seul présent, le passé ayant été mis une fois pour toutes de côté. C’est en tant qu’individu participant de plain-pied à l’histoire de sa société que le partisan d’une histoire subjective pourra soumettre à ses contemporains ses modestes propositions ou ses fulgurantes intuitions sur l’allure, le surgissement ou la configuration du présent.

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  • novembre 2007
    • ENTRE CIEL ET SABLE. FRANÇOIS DEBLUË

      CONFÉRENCE, N° 25, automne 2007 FRANÇOIS DEBLUË   Matines. Sybarite grinçant le coq tête haute toute la nuit a sondé les vents   Dans le silence des vents retombés le matin a brandi le coq écœuré empalé au pivot du Temps.  

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    • UNE JOURNÉE À SOI Michael Sheringham

        La figure de la journée joue un rôle privilégié dans la culture occidentale, depuis les recommandations pour le règlement de la vie individuelle dans les écrits stoïciens et épicuriens, les récits de bataille chez Homère, ou les propos sur les jours fastes et néfastes dans Les Travaux et les joursd’Hésiode (titre repris par Michel Vinaver pour une de ses pièces relevant d’un théâtre du...

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    • JOURS AFGHANS Julien Varia

      Vers Kaboul. 19 décembre 2001.— Appris hier que je partais pour Kaboul. Pas le temps de plier bagage, ni d’opérer le deuil de nos vacances à Hardelot. Juste quelques larmes. En route pour Douchanbé,Tadjikistan, via Istanbul — by night, avec la perspective soit de dormir dans l’avion, soit d’être retenu à l’un des nombreux et variés postes de douane ou de contrôle dont les Turcs ont le secret. Ça roule. Le...

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    • Le temps sans qualités Christophe Carraud

        Rien de plus naturel que la durée du jour. C’est sans doute la raison pour laquelle sa compréhension est menacée ; et, avec elle, sa fécondité. Une alternance où puiser le repos unit la vie du corps et la persistance de l’âme à un rythme très vaste, l’un des seuls qui échappent encore à notre maîtrise : le plus manifeste et le plus familier des rythmes de la vie. Que faisons-nous de cette évidence...

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  • août 2008
    • LE TEMPS A-T-IL DE L'AVENIR ? Gérard Bonnet

        S’IL est une question que notre époque nous oblige à poser à nouveau, c’est bien celle du temps, au sens chronologique bien sûr : ce temps a-t-il encore de l’avenir ? Nous vivons en effet dans un monde où tout s’accélère, où tout est minuté, où les objets ont une durée de vie de plus en plus limitée, où l’on court après le temps. Certes, il n’est pas aisé de répondre à une question de ce type. Nous touchons là à...

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  • septembre 2008
    • PROSES DE LA MORT PROCHAINE (II) François Debluë

        CAUCHEMAR. Ma mère, moribonde, au sixième et dernier étage d’un luxueux palace.Mon scrupule à la quitter, à la laisser là, seule (comme, de fait, à Z., je la laisse seule à chaque fois, dans son studio exigu et modeste, haut perché et accessible par quatre rampes d’escaliers étroites et raides qu’elle peine de plus en plus à gravir, dans ce qui est tout le contraire d’un palace !) Quelqu’un (mon frère aîné...

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    • UNE HISTOIRE SUBJECTIVE DU PRÉSENT Georges Sebbag

        ON enseignait jadis à l’école une histoire de France et même du monde où se mêlaient trois ingrédients : les grands hommes, les dates marquantes et uneimagerie d’Épinal[1]. Mais le corps des historiens, par souci de sérieux et d’objectivité et peut-être aussi de se mettre en avant, a voulu fabriquer une nouvelle histoire en substituant à ce brouet clair une nourriture plus consistante. C’est ainsi...

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    • QUAND LE TEMPS SE TRANSFORME EN PRÉSENCE. Approche clinique[1] Joël Clerget

        POUR parler du temps, il faut du temps. Je n’aurai jamais le temps de dire tout ce que j’aimerais dire sur le temps. Le temps manque. Le temps me manque. Nous manquons de temps. Parler ainsi paraît banal. Pourtant, c’est déjà réunir et articuler deux registres essentiels de notre vie d’humains : le manque et le temps, autrement dit, la dimension du désir, en ce que le désir de l’homme est causé par un objet qui...

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    • LE TEMPS DE LA MATURATION PSYCHIQUE CHEZ L’ENFANT Florence Guignard

        JE commencerai mon intervention en associant très librement sur ce qui vient d’être dit sur la disparition de nos mères, en ce qui concerne le temps. Après la mort de ma mère, décédée voici trois ans et demi, je me suis fait une réflexion : désormais, j’allais devoir « prendre mon temps », parce que j’allais être la prochaine au bord du gouffre. Donc, le temps, comme l’a dit Aldo Naouri, a...

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    • LE TEMPS DANS L’AMOUR ET LA RELATION THÉRAPEUTIQUE Aldo Naouri

          Pépé, Pépé ! Tu as 65 ans ? Soix-an-te-cinq ans ! Moi, je n’ai que 8 ans. Et la vie me paraît déjà tellement longue ! (Un de mes petits-enfants.)   À TORT ou à raison, j’ai cru comprendre que le texte que je devais produire n’était destiné qu’à introduire un débat. J’espère ne pas m’être trompé. Parce que c’est dans ce sens que je l’ai conçu. Et je vais commencer par vous faire un aveu — un...

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    • DEUX POEMES Pascal Riou

        pour G. R. « Tu me rajeunis et me vieillis tout à la fois. » Ce sont, je me souviens, les paroles que je lançai dans un sourire accompagnant mon fils, jeune homme, sur la passerelle qui enjambe le fleuve -- celle-là même qu'à son âge je franchissais vite, craignant le vertige des eaux rapides. Resserrée dans l'été qui s'attarde, j'aime à lui ouvrir cette ville où livres, maîtres et amis...

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  • décembre 2008
    • LA CHUTE Teresa Bartolomei

        Faut-il vraiment tant de danger à nos objets obscurs ?Le monde serait-il dérangéétant un peu plus sûr ?Petit flacon renversé,qui t’a donné cette mince base ?De ton flottant malheur bercé,l’air est en extase.R. M. Rilke,Vergers,55. LE monde aime la chute. Il m’a fallu du temps pour le comprendre ; mais à présent, mes doutes se sont dissipés : je suis arrivé à la conclusion qu’il en va bien...

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    • ENTRETIEN AVEC PAUL VIRILIO Jean-Luc Evard

        L’ENTRETIEN dont on publie ici la version revue et corrigée de concert avec Paul Virilio remonte au mois de juin de cette année. PuisqueConférence médite les ruses etl’erre de la technè depuis quelques années, comment ne pas demander à ce polymathe — architecte, maître-verrier, photo-graphe, écrivain ferré en polémologie et découvreur de la « dromologie » (un néologisme à lui), éditeur —, comment...

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    • USAGE DU TEMPS, USAGE DE SOI Sophie Iturralde

        J’ai passé ces derniers mois à passer ces derniers mois. Rien d’autre, un mur d’ennui surmonté de tessons de colère. Fernando Pessoa, Lettre à A. Cortes Rodrigues.   DE manière presque impalpable, un voile se dépose sur les choses vécues. Au moment même de les vivre, nous leur trouvons moins de relief, de cou-leur ou de saveur qu’elles en ont d’habitude ou qu’elles devraienten avoir. Peut-être...

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