TOMBEAU DE ROBERT LE PETIT

 

IL faut, à Brumath, en Alsace, aller

dans la cour de l’Hôtel de Paris

— qui vaut bien le vin d’une messe.

 

Ô vous n’y verrez rien, de prime abord,

qui justifie le détour, sinon

les suaves bonbons d’une pâle glycine

ornant, l’espace mauve d’un avril,

l’unique pied de vigne en espalier,

dont les grappes seront, à la vendange,

hors de portée et comme au firmament,

où rit, sous un soleil d’après déluge,

un patriarche aux traits convenus d’étiquette

— et ce n’est, pour l’instant, qu’un haut dais de bois sec,

où bourgeonnent des pleurs à venirdans l’air acide du petit matin.

 

Mais cessons là, car, quel que soit

l’amour immodéré que l’on me voit porter

au végétal, l’essentiel ici germe ailleurs :

au milieu de l’enclos fermé, une bombe a soufflé

la probable demeure de l’hôtelier,

libérant tout l’espace et repoussant au mur

l’horizon, ce qui, pour un temps compris

entre la ruine et la reconstruction,

dégage, opportunément, la vue sur la mer :

paisible, elle est ce troupeau bleu,

qui luit comme un toit de Mégane

— et le berger de la splendeur exulte

à la vision de ses moutons marqués au fer

d’un triple losange croisé.

 

La lecture des articles est réservée aux abonnés. Pas encore abonné(e) ?