LE REFOULEMENT DES CLASSIQUES

 

La permanence du Classique : le titre choisi par le Centre d’études du département de philologie classique et médiévale de l’Université de Bologne me semble exemplaire8. Il manifeste et dissimule à la fois son caractère problématique et changeant. Il me rappelle ces images trompeuses qui font découvrir dans un même profil les contours de deux visages, ou de deux verres à pied. Il suffit de modifier l’accommodation du regard. D’un côté, la permanence semble s’imposer comme une roche basaltique dans un paysage de geysers intermittents, de l’autre elle paraît se donner comme une survivance précaire, une existence empiégée, un loyer révisable.

Pour ma part, si je devais choisir le type d’accommodation, j’opterais pour la roche basaltique. Monde antique, Moyen Âge latin et byzantin et littératures romanes forment un univers uni-taire, où les forces centrifuges sont contrebalancées avec une égale énergie par les forces centripètes, dans un équilibre instable et dynamique. Dans cet univers, les classiques grecs et latins for-ment la constellation qui oriente nos pas. Je ne voudrais pas céder à des images trop lyriques, sachant qu’il ne m’est jamais arrivé, même dans la nuit la plus profonde, de m’orienter d’après les constellations. Mais à la question, si fréquente hélas, de l’actualité des classiques, j’ai donné un jour une réponse à mi-chemin de la provocation et de la conviction : le problème n’est pas de savoir si les classiques sont actuels, mais si nous le sommes face à eux. Les classiques le sont toujours, il suffit de les lire ; nous, pas toujours, il suffit de nous soumettre à la même épreuve.

 

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