REVUE CONFÉRENCE -

Lettre du fils prodigue et autres poèmes

BIEN CONNU EN ITALIE pour ses marques de fabrique, à savoir la machine à écrire « Lettera 32 » et le vélo, Gianni D’Elia, né en 1953, représente une nouvelle génération de poètes en rupture avec le dogme avant-gardiste sévissant depuis les années 1960 dans la littérature officielle de la Péninsule : revues, médias, université. Mariant la métrique retrouvée à une syntaxe agile, l’expression souvent ambiguë que privilégie Gianni D’Elia donne forme à un intérêt renouvelé tant pour la matière — en particulier la vie quotidienne et les paysages marins de Pesaro, sa ville natale et synecdoque du monde occidental contemporain — que pour l’histoire, en premier lieu l’expérience fondamentale de la contestation politique des années 1970, dont il s’éloigne pour épouser pleinement une activité littéraire mâtinée d’engagement civil.

Fort de ses lectures de Pasolini et de Penna ainsi que de l’amitié de Fortini et de Roversi, D’Elia publie en 1980 son premier recueil, Non per chi va (nouv. éd., Marcos y Marcos, 2001). L’accueil de Giulio Einaudi, le Gallimard italien, le consacre parmi les voix émergentes dans le panorama italien en 1989, avec Segreta, préfacé par Mario Luzi, qui souligne sa capacité de saisir le vécu quotidien : « Rien de frontal ni de direct : des fragments d’expérience, broyés le long des parcours divergents et distraits qui, à partir de la perception, parviennent à une connaissance provisoire. Ils prennent la forme de constructions verbales et rythmiques malléables, abstraites seulement en apparence, car peu d’expressions aujourd’hui captent le vécu de façon aussi capillaire que le font, furtivement et de biais, par instants et fulgurances, les quatrains de D’Elia dans leur séquence organisée, dans leur continuum. » C’est chez Einaudi que D’Elia publie ses principaux recueils, jusqu’au récent Fiori del mare (2015), précédé en 2010 de l’auto-anthologie Trentennio. Versi scelti e inediti 1977-2007. Dans sa large production, il n’hésite pas à traduire poétiquement les sujets d’actualité, de l’essor du « berlusconisme » (Notte privata, 1993) au sida (Sulla riva dell’epoca, 2000), de « Ground zero » (Bassa stagione, 2003) aux débarquements des migrants (Trovatori, 2007).

 

La lecture des articles est réservée aux abonnés. Pas encore abonné(e) ?

 

© Meet Gavern - Free Joomla! 3.0 Template 2019