REVUE CONFÉRENCE -

Ressemblances

 

Poèmes traduits de l’anglais
par Alberto Frigo. 

Mute 

Little tree as empty as a house
when your mother is not at home,
few or yellow or promising
they will come back, your syllables
are loose circles blown about
barely forming words, your leaves
amount to nothing without her saying
You look lovely standing there
in your hair and your dress. 

 

Muet 

Petit arbre, aussi vide qu’une maison
quand ta mère est sortie,
rares, jaunes ou promettant
de revenir, tes syllabes 

sont de vagues cercles qui s’envolent
en formant à peine des mots, tes feuilles
ne valent rien si elle ne dit pas :
Tu es ravissante, là, debout
avec tes cheveux et ta robe. 

 

The Night Kitchen 

Outside extinct stars hang
like scrunched-up letters thrown
around the floor. The earth is poised
on a hook above the sink.
An enormous sponge sits planetary and alone
in its enamel dish. So if I notice 

a cracked glass face-down needs chucking out,
the draining board is chipped by something
dropped last year, the forks all look
faintly yellow between their prongs — 
why do my arms wrapped in mist in the Fairy Liquid
feel the long warm pull of the tide? 

Why is it suddenly all
a darkness of islands in oceans, the inconstant soap
a slab of light slipping between my fingers
like a moon? And if the folded
dishcloth rises to a pinnacle of hope
against an embroidery of midnight-blue, 

and if the bubbles coming on and going out
range themselves in a white ring big
as the Crab Nebula, and if I’m floating
inches above the ground, the pocket in my apron
growing into a pouch so large that it could hold
Medusa’s head, J-cloths flapping 

 

Cuisine de nuit 

Dehors les étoiles éteintes pendent
comme des lettres chiffonnées, éparpillées
sur le sol. La terre est suspendue
à un crochet au-dessus du lavabo.
Une énorme éponge trône en planète solitaire
dans sa coupe d’émail. Donc, si je remarque 

qu’un verre ébréché, renversé, doit partir à la poubelle,
que l’égouttoir de l’évier est écaillé
par je ne sais quoi qu’on a laissé tomber
l’an dernier, que les fourchettes 
ont l’air toutes un peu jaunes —
pourquoi mes bras plongés dans un nuage de liquide vaisselle
sentent-ils la longue attraction tiède de la marée ? 

Pourquoi est-ce soudain toute
une nuit d’îles dans les océans, le savon inconstant
tel un bloc de lumière glissant entre mes doigts,
comme la lune ? Et si le torchon plié
s’élève à un sommet d’espoir
contre une broderie bleu nuit, 

si les bulles qui s’allument et s’éteignent
se rangent dans un anneau blanc
aussi grand que la nébuleuse du Crabe, si je flotte
à quelques centimètres du sol, avec la poche de mon tablier
comme un sac assez vaste pour contenir
la tête de Méduse, et les chiffons 

 

from my heels like the wings of Mercury,
and through the hazy half-dark I begin to se
a constellation in a drift of dust,
puddles on the floor big enough to hold the Milky Way – 

will you keep the earth’s poles
together between your firm hands, administer
the law of gravity, and hold
onto all the rattling atoms of the world? 

 

battant à mes talons comme les ailes de Mercure,
si je commence à voir à travers la pénombre brumeuse
une constellation dans un nuage de poussière
et la Voie Lactée dans des flaques sur le sol, 

sauras-tu tenir les deux pôles de la terre
fermement dans ta main, accomplir
la loi de la gravité, agripper
tous les atomes cliquetants du monde ? 

 

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