DEHORS, BLEU ET OR

 

Si tu ne me dis pas — sourire — alors, je coule ciment dans corps.

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Ils portent tous du rouge à lèvres. De longs cheveux emmêlés dans leurs têtes. Paillettes de rimmel au bout de leurs cils allongés dans lit de fille allongée. Ils portent tous une trace, un parfum, un accent de bouche rouge à lèvres, une trace de fille.

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J’attends que tu — caillou sur ma fenêtre. Mais peut-être qu’il faudrait que je — caillou sur ta fenêtre. Il fau-drait que je sache que tu aimes en bas de ta fenêtre. Que tu aimes les cailloux.

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Dehors, bleu et or. Comme une page cornée, mal cou-pée. Autre bleu, autre or. Un instant à te chercher pour qu’on vive un livre aux pages cornées. Il y a le bleu, l’or. Le temps d’un livre. Je t’appellerai « Ailleurs », même si on ne part pas aujourd’hui. Mais je te cherche, je te cherche pour te dire que le ciel est corné ce matin, que les bleus sont mal coupés. Un imprimeur encore endormi, peut-être. Qui aurait renversé son thé sur le ciel corné. Avant qu’il ne jette pour lisser, mon Ailleurs, ta bouche pour écrire dans un coin « Thé au miel de toi ».

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Jeter les couvertures, pour un drap bleu si frais qu’on pourrait dire « bain de minuit », jeter l’halogène, pour des lampions si petits plaisirs dans les cheveux qu’on pour-rait penser « j’aime les nuits », jeter les têtes penchées sur table creusée au crayon creusée de soirs blancs creusée sommeil qui glisse creusée par tous ses inconnus — leurs noms dans des coquillages — pour des jeans coupés aux ciseaux, si effilochés qu’on pourrait récolter « morceaux de nuit ». Donner des jours, des jours, des journées pour arrêter, garder le drap les lampions les jeans en fil de jeune lune — les punaiser avec des épines d’oursins, des échardes de coque de vieille barque.

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