REVUE CONFÉRENCE -

RÉCONFORT DE LA NEIGE

 

LOUIS DAUBIER, né Louis Dupont le 14 mars 1924 à Orp-le-Grand, dans le Brabant wallon belge, fut un poète délicat, pudique, rigoureux et sans concession. Dès sa tendre enfance, son goût avide pour la lecture décide de sa vocation de professeur de lettres. Deux événements majeurs assombrissent ses seize ans : la mort de sa mère et l’invasion allemande ; chagrin et chape de plomb qui le marqueront tout autant que son œuvre. En 1946, il obtient un poste d’enseignant à l’école normale, amorçant ainsi une carrière qu’il poursuivra jusqu’à la retraite. Sa passion pour son métier et pour la langue française le portent à la prési-dence de la Société Belge des Professeurs de Français (SBPF) de 1977 à 1982. C’est donc tout naturellement que sa fibre poétique s’appuie sur la rigueur du grammairien. Au point qu’en 1961, mariant cœur et raison, il publie un manuel scolaire, De l’Ana-lyse Grammaticale à l’Analyse Littéraire, à l’usage des lycéens. C’est sur l’insistance d’Armand Bernier (1902-1969), poète belge dit de la transparence, qui reconnaît en lui un disciple des Poètes de la Pureté — école belge comprenant entre autres Odilon-Jean Périer (1901-1928) et Auguste Marin (1911-1940) — qu’il publie en cette même année 1961 Rêver d’une Eau si Pure. Ce premier recueil sera suivi tous les cinq ans environ d’autres ensembles de poèmes ou de courtes pensées et aphorismes, série qui s’achève en 1992 avec le très lucide Au Seuil de l’Exil. À cette époque, en effet, le poète s’enfonce progressivement dans les ténèbres de la maladie d’Alzheimer pour s’éteindre le 30 novembre 2000.

Lumière sans Visage, dont sont extraits les premiers poèmes présentés ici, paraît en 1984. Louis Daubier a soixante ans et prend ses quartiers d’automne. Il y convoque une mémoire parfois capricieuse et pénétrée de nostalgie pour l’enfance et les désirs réduits en cendre. Mais il n’abandonne ni un étonnement intact pour la magie de l’instant, une curiosité avide d’avenir (« écouter le terrestre appel »), ni une foi avertie dans la vie. Ainsi évoque-t-il nos vaines espérances et nos rares instants de grâce, qui se côtoient sans jamais vraiment se ren-contrer quand se profile déjà l’exil dans le « vaste temps ».

 

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