L’EXERCICE DE LA LECTURE

à Françoise Hanus.

 

Avant-propos.



JE TÂCHE DANS CE QUI SUIT de décrire une certaine modalité de la lecture — j’entends par là l’acte de lire, au sens strict, ainsi que la compréhension du texte qui en résulte — liée à la pratique de la philosophie, tant sous la forme de l’écriture philosophique que sous celle de l’enseignement, de la conférence ou du séminaire, engageant, chacune, un rapport spécifique au langage et un usage particulier de la langue. Je ne parlerai pas de la lecture en général, mais uniquement de celle qui, pour moi, est inséparable de l’exercice de la pensée — de la lecture, donc, des textes que l’on dit philosophiques et peut-être de quelques autres, connexes aux premiers.

Il ne s’agit en aucun cas de proposer une méthode de lecture, de prétendre indiquer à d’autres un mode de cheminement dans les textes qui permettrait par exemple d’y avancer avec davantage de sûreté. Je ne suis tout d’abord pas certain d’en être capable et mon expérience d’enseignement me rappelle quotidiennement qu’il ne saurait y avoir de « pédagogie» que là où les méthodes sont tenues pour ce qu’elles sont : des moyens, des outils certes, maisaussi des visions du monde et des métaphysiques [1] qu’il importe de ne jamais prendre pour des savoirs et auxquelles il ne convient pas de se fier aveuglément.


[1] « Mais, ne proposant cet écrit que comme une histoire, ou, si vous l’aimez mieux, que comme une fable… », écrit Descartes au début de son Discours de la méthode.



La lecture des articles est réservée aux abonnés. Pas encore abonné(e) ?