ALTITUDES

 

Pureté.

Rugueuses de gel, les herbes de l’alpe sont en rouillures brunes, noires, violettes contre les rhododendrons vert-massif, pointes de genièvre, touffes à myrtilles. Du bord du lac un névé plonge ; des éboulis aux fleurs froides trouent la neige frêle d’oc-tobre, le soleil n’arrive plus à la dissoudre. Alentour, les crêtes jaillissent, bleues de brume, cimes et pentes de blancheur, l’ori-gine des glaces, le granit, l’essor des aiguilles. Outre mesures.

Seul au-dessus des forêts, par une sorte d’étage bossu entre la falaise et le val, je perçois le désert et, telle une charge de vent, la sauvagerie du silence : il est agile, il est bourru.

Demain les grands froids refouleront courses, chasseurs, vaga-bondages : pour jouir encore de l’altitude, ce brin de jour où ma peau se frotte à l’air dur. Le chaos des rocs rayonne. Un bruit de pierre roule-t-il, l’écho le capte, l’aggrave, l’aiguise : comme une transparence d’eau, il pénètre la chair du silence.Terre haute, sai-son de cristal, on dirait que l’Être résonne. Automne.

 

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