CANTET ET BÉGAUDEAU : UNE CONJURATION

 

BÉGAUDEAU désormais est le nom d’un problème. Que n’a-t-on pas écrit, déjà, sur son roman Entre les murs, l’événe-ment noir qui marquera la fin de notre histoire scolaire. On parla d’une chronique « savoureuse », « douce-amère », de l’école d’aujourd’hui. Pendant que l’on vantait la manière « héroïque et modeste » de son enseignement, l’on entendit ce professeur se perdre dans l’apologie d’une « loquacité débridée », même d’un « joyeux bordel », censés donner à notre école la chance et l’occasion d’une renaissance.

Or de quoi s’agit-il ? D’un professeur qui a changé son rôle de maître en bousilleur d’enfants pour la plupart odieux, comme l’écrivain les a voulus : très uniformément stupides, grossiers, caractériels. Du coup, l’idée a pu germer que, dans cette sorte d’autoportrait pour un peu masochiste, dans ce martyre fictif, notre école naufragée recevait une volée de bois vert. Mais non, Cantet et Bégaudeau, conjurés sur ce point, affirment que leurs deux œuvres sont des documentaires sérieux et « engagés », entés à la promesse d’un mouvement positif.

À quoi s’ajoute la profession de foi réitérée de l’acteur-roman-cier qui joue avec niaiserie son propre rôle. « Un cours, ça doit partir dans tous les sens, pour le meilleur et pour le pire. » « Le bon prof, ajoute-t-il, est celui qui se trompe, qui est peu sûr de lui, de mauvaise foi, irresponsable : qui même n’enseigne pas ! »


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