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In memoriam Jean Mouton.

(11 juin 1899 - 8 juillet 1995.)

 

Quelques jours après la mort de Charles Du Bos, à la mi-août 1939, Jean Mouton notait ce qu'il avait vu, et les dernières heures vécues à côté de celui qui leur donnerait son visage et son nom ; ce serait bientôt un livre étrange et magnifique : Charles Du Bos, sa relation avec la vie et avec la mort. En voici la dernière page, le présent et le souvenir se confondent dans le temps où Jean n'a jamais cessé de vivre :

À cette heure, Charlie repose dans son éternité ; on est tout de suite frappé par une inégalité des deux côtés du visage. Du côté gauche, un peu de raideur qui donne l'impression d'un magnifique courage ; mais cette fermeté est tempérée par le côté droit qui nous enveloppe d'une immense douceur et d'une paix infinie. Une lettre reçue le matin de son ami l'abbé Zundel, lettre qu'il aura lue dans l'au-delà, l'invite à " adhérer par le Christ à tout l'inconnu de Dieu ". Charlie vit dès lors au sein de cet inconnu, auquel il a adhéré de toutes ses forces, et qui est pour lui maintenant la plus lumineuse des clartés. Nous voudrions l'interroger ; sa générosité fraternelle continue à nous faire tout partager, même dans la mort ; et la sérénité de son visage nous affirme bien qu'il sait tout. " C'est un paradis qui s'est refermé ", dira une de ses amies, le lendemain de sa mort. C'est plutôt un paradis qui a trouvé sa vraie place à l'intérieur de nous-même. Son front si froid reste si tendre.

Nous ne parlerons pas de ses funérailles, si sobres et si grandes, où de nombreux amis purent encore l'entourer, et que plusieurs d'entre eux ont relatées avec une si belle émotion.

Nous conduisîmes Charlie jusqu'au cimetière, ce cimetière qu'il aimait tant. Si un lieu mérite bien le nom de " jardin des morts ", c'est l'enclos de cette tombe où il va reposer. Un carré de murs recouverts d'un rosier tout bourdonnant d'abeilles forme une véritable petite cellule en plein air ; pour tout ornement, deux cyprès ; les morts vous accueillent avec une tranquille dignité.

Au moment où notre ami prenait son long quartier de repos, un grand arbre, qui derrière le mur domine la tombe, se mit à frissonner. Le vent qu'il avait entendu, le dernier soir où il était encore au milieu de nous, marquait l'heure de son entrée dans une vie nouvelle, ce vent dont, en une phrase qu'il aimait à citer, Thomas de Quincey disait : " It is in this world the one great audible symbol of eternity. - C'est en ce monde le seul grand symbole de l'éternité qu'il nous soit donné d'ouïr ".

En redescendant du cimetière, nous savions qu'il nous suffirait désormais de penser à Charlie pour que la pensée de la mort nous soit plus douce.

Il n'est aucun de ces mots qui ne s'applique à ce que Jean nous a, à son tour, donné. Sans doute trouva-t-il très vite (la douleur et l'épreuve pourtant ne furent pas absentes, et toutes sortes de tourments qu'il fallait bien unir en simplement une vie, ce qui suffit) ce que Du Bos appelait, en un mot que Jean, et Madge son épouse, citaient souvent, " le sourd murmure de notre identité " ; bien sûr ce murmure ne cesse pas ; la vie, pas plus peut-être que la naissance ou la mort, n'est dans les cris.

Il s'écoula une semaine, dix jours peut-être, et Jean partit pour la Roumanie ; un ordre de mobilisation l'" invitait " (c'est son mot) à rejoindre Bucarest, il y fut le 31 août 1939. Il écrivait le 28, à La Plaigne, tout près du cimetière où il repose aujourd'hui : " Je m'étends quelques instants sur mon lit (celui de la chambre bleue), et il me semble que je descends peu à peu dans le vide, très doucement, mais comme si je ne devais plus jamais remonter ". Le Journal de Roumanie ne parlera guère de ces moments où le murmure s'interrompt, ou bien ne parvient plus. C'est assez que le même fonds indistinct soit présent pour tous : mort et guerre, et à chaque instant peut-être, mort et guerre. Il ne fallait pas qu'elles nous parvinssent seules, ni s'établissent sur la vérité infrangible et ténue qu'elles voulaient étouffer. Mais Jean ne l'eût pas dit ainsi ; il eût mis plus de douceur, et une caressante ironie : même le pire avait toujours pour Jean un petit côté vaguement ridicule, par où l'on voyait la liberté sourire. Et devant l'excès, quel qu'il fût (ou bien ce que l'on nomme " réalité " lorsque précisément elle nous chasse), à quoi bon d'autres excès, même de révolte et de justice ? La profondeur de l'émotion se mesurait à son secret, et les plus vives atteintes, d'être dites de quelques mots, se soumettaient à la justesse, où la résistance et la droiture trouvaient leur vrai nom, leur nom lucide. Les enchères étaient inutiles ; et plus précieux cet infime défaut que le réel, à qui sait voir, place toujours dans les mauvais rêves, la violence et les phrases ; une toute petite voix pour décrire un détail qu'on avait oublié, - et le théâtre s'écroule. C'est un art supérieur que celui du simple regard, et Jean le possédait. Il semblait parfois que la mort si présente eût des pieds d'argile. L'important était, non pas de vouloir effacer ces moments de doute ou d'angoisse, puisque de toute façon ils sont là et pèsent de tout leur poids, mais de les faire taire un peu, afin de mieux entendre et de mieux voir : comme s'il fallait sauver le temps, pour d'autres qui oublient simplement qu'il se donne et se poursuit.

La vie de Jean avait une qualité particulière, une rare et simple élégance d'être par quoi nous comprenions qu'en effet c'était bien cela, " la vie ", et plus vaste, plus profonde que nous le pensions ; comme une eau limpide qui affleure d'une vasque et se répand sans un bruit. Aux amis il offrait ce goût d'apaisement, venu de très loin, ayant traversé, il se peut, des régions d'incertitude et de pénombre. Et cela confondait : tant de douceur sur ce versant lumineux de l'ombre.

 

Sur une vie si longue, il semble que les faits ordinaires et communs par quoi nous nous représentons autrui n'aient plus vraiment de prise. Non que dans ses fonctions, ses voyages, ses décisions concrètes et mesurables, Jean n'ait pas fait preuve, bien sûr, de la même attention ; l'Institut Français de Gand, puis d'autres qu'il dirigea, à Bucarest durant les années de guerre, à Stockholm, à Ottawa, à Londres, marquent une carrière qui à d'autres eût suffi, et avec la même netteté, qui signifia tant de liens tissés et tant d'amitiés fécondes : et ces positions courageuses affirmées au moment où il le fallait, à Bucarest notamment, et partout la même délicatesse et la même intégrité. - Mais la vie de Jean appartient à un autre ordre que celui-là, un ordre qu'aucune frontière d'ailleurs ne sépare du premier (un diaphragme, un battement plutôt), et qui donne à tous les gestes de rendre pour ainsi dire un son plus riche et plus distinct. Ici l'être - ce mot qui revient souvent dans les livres que Jean a écrits, et qui ne désigne aucune abstraction métaphysique, non, simplement âme et corps mêlés dans le temps, vit, porte un nom, et cela à nouveau en une certaine sonorité - l'être a sur les choses comme une avance qu'aucun objet ne peut combler. Il y avait chez Jean une extraordinaire capacité de rêve. La vie qui s'écoulait puisait à cette nappe de profondeur. Sans doute la portait-il déjà en lui ; une rencontre capitale lui permettrait de mieux s'y découvrir : ce fut celle de Charles Du Bos. Jean a vu en lui bien plus qu'un génial critique, et plus encore qu'une présence aînée et tutélaire, admirable de distinction et de sensibilité : celui qui ouvrait au temps et à son chant, et lui faisait entendre, sous tous les aspects de la vie, cela qu'il ne cesserait d'entendre. Il y a autour de cette rencontre tout un faisceau de présences, quelque chose qui a assurément la puissance d'un mythe véritable, c'est-à-dire d'une histoire fondatrice et bruissante. Présence tout d'abord de la mort, celle de Marcelle Sauvageot, que Du Bos, que lui-même ont racontée, à Davos, dans l'hiver 1934 ; puis devant elle le forcènement, le cri, l'excès - tout cela si violemment manifesté par René Crevel, et par son suicide un an plus tard. Et en même temps un espoir très simple et ardent, une naissance si l'on veut, et c'est l'autre rencontre que la première contenait pour y être accomplie, celle de Madge, qui était alors la secrétaire de Charles Du Bos, et que Jean épouserait en 1938. Il est difficile, en si peu de pages, de décrire cet écheveau que Jean démêlait patiemment, pour l'ordonner et comprendre où il plongeait - et cet ordre, cette intelligence des choses n'en oubliaient rien. Travail fidèle dès lors que celui de Jean, intensément fidèle ; et l'on verrait en toutes choses la même attention : le soin pris de l'héritage intellectuel et spirituel tout ensemble de Du Bos, sur lequel Madge veillait, et qu'elle protégeait afin de toujours le transmettre - de l'offrir à chacun, pour peu qu'on voulût être sensible à cette qualité du temps - ; mais aussi, comme une conséquence si naturelle d'une façon d'être et de comprendre, le goût de ne rien négliger des aspects de la vie, des oeuvres, des voix qu'on y perçoit.

 

D'autres amitiés, d'autres guides s'offriraient, Claudel, Focillon, Maritain. Des livres ont été écrits, qui déposent pour cette voix profonde ; où la présence de Jean se signale avant tout par ce retrait qui fait exister les choses pour autrui, qui les fait voir parce qu'elles sont là, et qu'on ignorait qu'elles étaient là de cette façon. L'acuité du regard s'y transforme en caresse. La foi de Jean ne se séparait pas du monde. Si leur rencontre n'avait pas de toute façon ressemblé pour Jean à une évidente nécessité, elle l'eût fait par le souvenir de Du Bos, par l'ardente présence de Madge. L'amour des corps, celui de tout le monde sensible, était simple et naturel ; Jean craignait parfois qu'on n'oubliât d'y consentir, et de s'y plaire. Y déverser, au milieu des violences convenues, tant d'obsessions déguisées en pureté désincarnée, tant d'obsessions qui s'ignoraient, n'était pas un service à rendre à la création. Jean Mouton, catholique, n'aimait pas que le catholicisme, comme on l'a dit parfois, valût pour une hémiplégie. Une beauté caressante y avait ses droits. Il suffisait de rendre hommage à sa présence.

 

Mais, aussi bien, une telle attention aux êtres et aux choses devait elle-même se fonder sur la conscience aiguë de la présence de la mort, et sur le conflit qui malgré tout l'oppose, sans autre preuve que le don des choses, à la certitude de la résurrection, de cet " au-delà " que Jean, en quelques pages, voyait s'approcher dès ici, au détour d'un chemin qu'il faudrait bien suivre, et d'où l'on découvrirait, contigu au temps, un repos rempli de corps et de visages. Jean est allé très loin vers la mort ; et cette attention dont nous parlions n'eût pas été de cette acuité, si la plus douloureuse inquiétude ne lui avait demandé ce témoignage d'une autre nature du temps, et qu'il n'eût fallu faire pièce à ce travail de la disparition. On relira ses textes, et l'on y percevra, toujours, cette étrangère qui rôde, et que l'expérience de près d'un siècle lui montra souveraine. Inquiétude très tôt aussi forte et puissante que la certitude et ses épreuves. Il était sans doute réservé à qui interrogeait sans cesse l'écoulement du temps et l'immuable variation de ses aspects, de devoir goûter à la vie jusqu'à ce que fût rejointe, en sa nudité, cette nappe profonde qu'on ne sait jamais décrire. - Silence, ou mutisme, se demandait-il à propos de la peinture ; il croyait, comme tant de tableaux l'ont fait, à une silencieuse conversation, qui n'aurait pas de terme : ni parole trop hâtive, ni fin. Jean, ces dernières années, se comparait à un pionnier, explorant un monde inconnu de fait à la plupart, mais un pionnier qui n'aurait aucune route à indiquer, ni rien à apporter qui eût témoigné d'une quelconque découverte ; et qui attendait un accueil, jusqu'à ce qu'une voix lui apprît ce qu'était donc cette vie, et qu'elle n'était à son tour qu'une part de la vie.

Le 14 septembre 1987, Madge mourait ; les presque huit années qui suivirent furent difficiles. Jean l'a écrit, parfois, avec cet art singulier qui donne même à l'angoisse la délicatesse qui lui manque. Reste que la vie se retirait ; il y eut des confins terrifiants, et cependant y naissait un autre genre de liberté, un espoir qu'on ne parvient jamais à figurer, parce que sans doute il est ce corps que l'on cherchait. La disparition de très anciens amis, Jacques Madaule, Henri Gouhier, venait confirmer l'absence. S'avancer très loin rendait incalculable, pour ses enfants, pour ses amis, la proximité de l'affection. Il n'y avait plus sans doute que ce mot que Zundel avait écrit à Du Bos, et que Du Bos n'avait pu lire.

 

Nous croyions parfois que Jean appartenait à une époque très ancienne, sauvant pour nous une douceur absente, ce que nous avions envie de dire un certain et superbe état de civilisation, comme celle que Zweig allait chercher dans " le monde d'hier " ; mais ce n'était pas cela. Le passé ne se distinguait pas pour Jean de l'attention au présent. Nulle nostalgie ; toujours le même accueil. Il s'agissait de comprendre, d'adoucir s'il se pouvait, sans que le jour disparu prévalût sur celui qui allait venir : c'était bien, de l'un à l'autre, le même temps, et cette identité, à ce niveau d'attention, ne se perdrait pas. En sorte qu'il paraissait naturel de voir l'amitié enjamber deux générations, comme si en effet, par rapport à une autre durée entrevue, le temps ordinaire ne comptait pas. Jean inventait à chaque instant une inlassable civilité. Car il y a une politesse de l'énigme, qui dirait-on se répercute sur toutes choses, nous demandant pour elles plus d'égards. Avec Jean, nous la découvrions très vaste et très patiente. Notre époque, pensions-nous, est à peu de beauté, et sans doute il arrivera que nous serons jugés sur ce défaut. Mais il se peut qu'en ce jugement même nous nous trompions. Jean nous montrait une beauté ininterrompue, et que l'hommage qu'elle nous fait est parfois étrange ; c'était, à l'écouter, la gloire secrète de vivre.

 

*

 

Les textes que nous publions ont une histoire particulière. Bien sûr, dira-t-on, tout écrit se fonde sur une histoire, et traduit de telle ou telle manière ce qui fut d'abord contenu d'existence. Mais c'est en un autre sens que ceux-là le font. Les lisant, nous avons d'emblée le sentiment (et ce sentiment est étrange) qu'ils ne sont pas " complets ", que quelque chose leur manque ; quelque chose, ou quelqu'un plutôt, qui aurait pu nous dire pourquoi une forme jamais pleinement elle-même, jamais offerte comme un objet presque palpable, dense, et clos, à des lecteurs inconnus. Les textes de Jean Mouton ne vivent pas seuls. Ils appellent moins une " référence " (qui nous ferait comprendre d'où ils proviennent, ouvrirait pour l'imagination des paysages réels), qu'ils ne demandent à la vie du lecteur une sorte d'adhésion, et toujours singulière, toujours intense, à ce que l'existence peut être : et non pas une forme, on le comprend, mais ce qui devant chaque objet requiert le choix de vivre, d'accompagner de la vie un monde premier. D'où suit que ces textes invitent à ce que l'on pourrait dire une imitation, et qu'ils ne valent qu'autant qu'ils se font exemples, à charge bientôt de les retrouver en soi. L'insatisfaction, une surprise un peu gênée dont on faisait d'abord l'épreuve, révèlent nuement ce malaise que l'on ressent lorsque c'est à soi-même qu'il n'y a plus d'échappatoire, et que nulle forme n'est là pour nous empêcher de considérer les lieux où nous nous tenons, les façons qui sont les nôtres. Textes issus d'une intention aussitôt suspendue, rétive, et qui pour ainsi dire quittent la page, basculent vers nous, et nous demandent ce que nous voyons, ou croyons ; qui nous demandent de les oublier, ou plutôt de les accomplir en ce que nous faisons.

Certains de ces textes, Jean Mouton les a écrits il y a un peu plus d'un an, après une période qui fut de perte de connaissance et de frôlement de la mort. L'angoisse s'effaça d'avoir vécu en elle de longues semaines ; vinrent alors des pages sur des Ïuvres aimées depuis longtemps, et dont ce retour ne faisait plus apparaître que la puissance d'espoir : et, avec elle, une présence apaisante. Pourquoi mentionner ce qui après tout appartient à une vie close désormais, et à cet ordre des circonstances, non des mots, qui est en droit celui de tous ? Parce que se découvre dans cet hommage aux choses retrouvées cette même position fondamentale que nous avons décrite, et qui est position seconde, position de qui reçoit et ne retient rien de ce qu'il reçoit. La reconnaissance précède, et le sujet qui poursuit cette expérience du don recommencé ne songe pas aux privilèges qu'apporterait bientôt une écriture, une forme à signer d'un nom : il se confond en d'autres qu'il appelle et sont comme lui. - Mais, à vrai dire, chacun des livres que Jean Mouton a écrits, et d'ailleurs fort tard, présente le même caractère de secondarité. Parcourons-en les titres, combien significatifs : Suite à la peinture (Falaize, 1952), Nouvelles nouvelles exemplaires (DDB, 1977), Les intermittences du regard chez l'écrivain (DDB, 1973), où Jean Mouton reprochait parfois aux auteurs d'avoir oublié le monde qui les fait être, pour une phrase joliment tournéeÉ Et bien sûr les ouvrages de critique, sur Proust notamment, ne peuvent par nature qu'adopter une position de ce genre - et le problème de cette situation de l'écriture est assurément d'importance, complexe et enchevêtré. Il faut que quelque chose converse et aille jusqu'à la vie, sans aucun repli, ce que nous disait, devant la tentation qu'ont parfois les tableaux de ne plus s'entretenir avec nous, Du silence au mutisme dans la peinture (DDB, 1954). Même le Journal de Roumanie (L'Age d'Homme, 1991) est moins d'un diariste que d'un simple témoin : ce n'est pas à lui-même qu'il assiste, mais à des événements, des gestes, que reprend bien une phrase après une autre, et voulue comme telle sans doute, qu'inscrivent à leur tour des mots disposés sans hasard, mais jusqu'au point où chacun d'eux pour ainsi dire cède la place, et devient exactement l'inverse d'un style. Écrire comme par effacement, dans le retrait, serait encore écrire, et l'on a pu sur cela même fonder une poétique ; mais ici cette possibilité nous est déniée. C'est à nous que ces textes s'adressent, non à l'idée de ce qu'un texte peut être ; et l'intimité qu'on y sent n'est jamais que la nôtre, parce que demeure cette sorte d'obstacle d'une vie singulière qui nous rappelle qu'une forme n'est pas la monnaie d'un échange indifférent, et qu'elle eut d'abord son lieu, où nous sommes encore.

Christophe Carraud.

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