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Mais désir d'objets sur lesquels on fonde et se fonde : où l'on entende une parole plus vraie, plus exacte, mieux partagée, simplement donnée pour elle-même, et qui aide à mieux voir. C'est ce désir qui nous anime, et nous savons que seule une revue peut le manifester. Son titre, Conférence, nous le devons à Montaigne : " Le plus fructueux et naturel exercice de notre esprit, c'est à mon gré la conférence... La cause de la vérité devrait être la cause commune ". Qu'une revue soit un peu de cette communauté, et que les esprits s'y éprouvent : trouvant en elle le principe infiniment divers de leur identité. L'important, à nos yeux, est qu'une forme d'engagement, d'ardeur et de générosité prenne le pas sur les protocoles qui nous gouvernent ; que s'efface cette séparation mécanique des disciplines, des intérêts, des goûts, qui sont aujourd'hui comme autant d'îlots ; et que l'on affirme, par la diversité de parole qu'une revue peut faire naître, de la poésie à l'essai, que nos modes d'appréhension de la réalité, et, somme toute, nos façons de l'aimer, savent échapper aux quantités de l'actuelle vie sociale, et en accusent la pauvreté humaine. Oui, le souci de la vie de l'esprit, celui de la conversation, le souci donc de la " conférence " est à réaffirmer avec force. Le dialogue est de tous avec tous, non d'un type d'être social avec ses ombres économiques - et il ne le sera qu'à la condition de se fonder sur le commerce avec soi, sans faux-fuyants, ce commerce où l'on remonte au point d'unité qui nous fait éprouver ce qu'est seulement " vivre ", et donne à ce mot sens et beauté. Il arrive qu'une parole sans mensonge, ni mots d'ordre, ni vénalité puisse devenir, par elle-même, dans le vide alentour, un projet politique : et le seul sans doute qui soit réellement tel ; conférer, c'est donner une existence plus juste à la " cause commune ". La vérité est un ouvrage. Puisse l'attention y être libre et durable ! |