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I. A. V., 2000.
Un volume de 344 pages, 28 euros.
* " HARMONIE ", voilà un mot bien suranné. Nous y pensons comme à une nostalgie de l'esprit ; ou nous retrouvons en lui, mais selon les hasards de l'heure et devant quelques beautés lointaines, un désir enfoui qui rêve vaguement d'unité, puis se détourne de l'effort qu'il y aurait à la croire possible, ou simplement disponible, pour vaquer aux occupations du " réel ". Il est vrai qu'un siècle, comme on l'a dit parfois, qui a commencé " le 22 avril 1915, à Ypres, dans un nuage de phosgène ", et qui s'achève sans autre espoir qu'une assez morne et lente apocalypse déclenchée par ce que nous connaissons déjà de nos pouvoirs et de nos techniques, ne peut pas nous révéler grand chose sur une notion recouverte de cendres. Quant à l'art, aux fins qu'il se donne et aux attentes que nous mettons en lui, il semble aujourd'hui s'en passer assez bien, ou assez mal, c'est selon. Mais ce qui importe, c'est de savoir pourquoi nous avons voulu que le " réel ", les objets, l'art lui-même, soient ceux-là ; et pourquoi nous désirons que l'" harmonie " devienne décidément une notion " historique ", comme on dit par euphémisme, c'est-à-dire une notion privée de vie et d'effet, séparée du présent et incapable de l'orienter. Peut-être la confondons-nous avec une immobilité doucereuse et suspensive, en ne voulant pas voir sur quel travail du réel et à partir de quelle profusion un équilibre s'obtient, quelle dynamique y est à l'uvre ; et peut-être, aussi bien, avons-nous souhaité perdre, avec celui de sa diversité, le goùt d'une symphonie du monde, parce que les exigences qu'elle fait entendre risquent de ne pas se plier aux intérêts de notre maîtrise. Les pages que nous publions veulent simplement donner à mesurer la fécondité d'une notion toujours actuelle et agissante ; et, ce faisant, elles n'entendent poser qu'une seule question : quelle conception du monde voulons-nous choisir - c'est-à-dire encore : avons-nous déjà refusé que cette interrogation ait un sens ? |